numérisation0001

Salut à tous,

   Dans un message précédent, je vous racontais une excursion merveilleuse sur le fleuve Sénégal, une longue pirogue, un tout petit moteur à essence qui tarde à démarrer, plusieurs adultes, des jeunes, et même un bébé...et une fin qui aurait pu tourner au drame...

   Comme je venais à peine d'arriver au Sénégal, ce voyage était pour moi un genre d'initiation à la vie d'un coopérant en sol africain, rempli de faits divers, d'annecdotes quelques fois inédites, et justement, ce voyage qui me paraisait idyllique, enchanteur, faillit mal se terminer, et heureusement, plus de peur que de mal !

  Mais laissez moi vous raconter...

   Tôt le matin, quelques coopérants, dont deux couples avec de jeunes enfants, nous nous promettions une belle journée de détente, en ce beau dimanche ensoleillé, une eau calme, des paysages à couper le souffle, des villages aux bords de l'eau, avec leurs huttes typiques du milieu, beaucoup d'oiseaux, quelques animaux sauvages venant s'abreuver... le tout accompagné du put-put régulier du petit moteur qui vaillamment, nous menait à destination.

   Au loin, un minuscule îlot de sable apparu, tout blanc, presqu'iréel tellement il semblait insolite dans ce décor de verdure tropical. D'un côté, le fleuve, et à peine quelques mètres plus loin, l'océan atlantique... et nous étions de fait dans le pays voisin, la Mauritanie, et tout de même un peu hors-la-loi si je peux m'exprimer ainsi, car nous n'avions pas demandé de permission aux autorités de ce pays limitrophe au Sénégal... mais bon, comme nous étions loin de toutes villes ou villages, et pour une journée seulement, le passe-droit volontaire ne portait pas à conséquences.

  Donc, durant la journée, petits jeux divers, beaucoup de ¨jasettes¨, de ¨voyages¨ du côté de l'océan, à ramasser quelques coquillages, à préparer nos repas typiquement sénégalais, avec poissons et riz... et toujours le soleil radieux, une brise continue venant de la mer, et le chant des oiseaux dans la forêt tout proche... Quoi demander de mieux !

  En fin d'après-midi, il fallut songer à repartir, car il ne faut pas oublier que dans les tropiques, la noirceur vient rapidement, et nous avions un long parcours fluvial à refaire...

  Mais quelle ne fut notre surprise de constater que notre immense pirogue, toujours attachée, se trouvait maintenant échouée dans une ¨mer¨ de vase, car tout à notre détente de la journée, nous n'avions pas du tout remarqué le changement de marée, même sur un fleuve...Et personne n'avait pensé à ce phénomène de la nature... même pas notre conducteur sénégalais du moment. Et pas question d'attendre la prochaine marée ! 

  La solution était simple mais pas facile à exécuter... et faisant ni un ni deux, les femmes et les enfants, ainsi que les bagages embarqués dans la pirogue, nous les hommes, pantalons enlevés, envahir cette vase, et la pousser, mètre après mètre, et après de multiples et laborieux efforts, réussir à atteindre l'eau du fleuve... se nettoyer du mieux que l'on pouvait, embarquer, et en se servant de nos mains,car nous n'avions même pas une seule rame... la faire avancer jusqu'à ce qu'elle puisse flotter librement, et là, encore une autre fois, notre navigateur, de peiner à faire redémarrer le petit moteur capricieux.

   Et heureusement, exténués, mais satisfait tout de même de notre aventure, nous sommes enfin arrivés au quai, où nous attendaient des membres de notre groupe, inquiets de notre arrivée tardive, presque dans la noirceur...

 Pégé